Martine Vialatte et Evelyne Moussier en concert 24 Mai 2012. Creteil

Twins. Opus pour deux pianos en 7 mouvements.

« Twins » est un opus pour deux pianos en sept tableaux, un écho sonore de l’attentat du 11 septembre 2001 à New-York contre les tours jumelles de Manhattan.

Depuis sa fenêtre, un employé de bureau terrorisé assiste à la dévastation générale.

Cet opus évoque la fureur vertigineuse d’un drame collectif où chaque destin individuel s’est trouvé soudain pris en otage par notre histoire contemporaine.

 

Très souvent dans mon écriture musicale, je suis influencé par des mythes premiers. Ici, « Twins » peut-être écouté comme un Armageddon sonore, un événement survenu à notre époque mais qui s’accomplit aussi dans les temps redondants de l’Humanité.

 

Ecrire « Twins » consistait pour moi à me frayer un chemin émotionnel en résonance avec le New York traumatisé par cette attaque inouïe. C’était pour moi un travail d’exorcisme de la Terreur, un fantasme récurrent dans mes travaux musicaux qui prennent souvent des catastrophes contemporaines comme matériau premier.

 

Je voulais surtout explorer les sphères sonores des petites minutes intimes qui ont précédé l’attentat, celles de l’attentat lui-même et celles de l’hébétude qui s’en est suivie. Je voulais cela pas seulement comme une histoire mais aussi, de façon un peu phénoménologique, comme une succession d’états émotionnels dont seule la musique pourrait finalement rendre compte.

 

Dans mon imaginaire musical, j’ai fermé les yeux pour entendre une métaphore sonore du vacarme de cette Apocalypse anéantissant une partie de Manhattan, parangon de notre monde moderne.

 

Symboliquement, j’ai donc associé deux pianos pour qu’ils se parlent, comme les deux tours jumelles martyrs se sont « regardées »mutuellement en train de s’écrouler. Tantôt les deux instruments se soutiennent, tantôt ils s’éloignent l’un de l’autre, irréversiblement pour évoquer des bruits comme des silences incroyables, sans doute même inédits.

 

Mais comment rendre compte de ces « sons inédits », à travers quel texte musical ? Pour trouver des équivalences sonores à l’événement lui- même, et au-delà de la musique concrète qui n’est pas pour moi une solution narrative, j’ai cherché à créer un tissu émotionnel chez l’auditeur à partir d’une démarche post-moderne qui combinerait structures rythmiques répétitives, pulsations parfois tronquées et fragments mélodiques. Cette démarche musicale, globalisante, d’une fragilité théorique volontaire me paraissait bien répondre à l’objectif émotionnel premier.

 

Enfin, il y avait aussi une intention simplement humaniste. New York est la ville cosmopolite par excellence, le réceptacle de cultures venues du monde entier. Le vertige de cette destruction froidement programmée nous menace tous. Nous ne pouvons pas rester dans le silence du « Ground Zero ».

« Twins » peut alors aussi être écouté comme une sorte de requiem sans paroles, un requiem minimaliste portant en lui un message contre l’intolérance, cette intolérance sans mémoire qui, au-delà de culpabilités occidentales largement répertoriées, a des conséquences sacrificielles injustifiées.