Maquette sonore


Concerto pour piano et orchestre

Création Paris fin 2019. Orchestre Enharmonie.

A la baguette, Serge Krichewsky.

Au piano, Guilhem Fabre.



 

Dans mon aventure musicale qui n’est souvent que le fantasme d’une vie « ailleurs », je me suis souvent laissé prendre par un rythme « américain » de découverte du monde.

 

The « T », le mythique métro de Boston (métro des origines puisque premier historique du monde occidental) a à voir avec les origines de notre humanité moderne, mélange de désir infini de progrès et besoin un peu fou d’énergie urbaine.

 

Car nous ne faisons finalement que tourner en rond autour de notre Terre, dans une sorte de nomadisme répétitif au périmètre restreint. Dans son trajet quotidien, le faubourien qui va au travail vit peut-être chaque jour un spleen qui contient sans doute un rêve plus grand que sa destination.

 

Paradoxe me direz-vous que de rêver dans une rame de métro ? Oui, le banlieusard n’est qu’un petit voyageur égaré dans la répétition de sa propre existence mais peut-être est-il aussi un auditeur privilégié d’un monde contemporain secret s’il sait écouter le tremblement du métro et toutes les harmoniques qui s’en dégagent. Ainsi, chaque jour, s’il laisse presque malgré lui « rêver » son oreille, il peut entendre une terrible et magnifique symphonie d’incroyables images sonores et par là-même se glisser ainsi dans un univers inconnu, secrètement désiré.

 

Car cet « ailleurs » dont rêvent les américains n’est bien sûr jamais au bout du chemin, il est dans le trajet lui-même, dans le principe répétitif d’itinérance.

 

Cette Amérique fantasmatique de mon enfance française, je crois l’avoir ainsi retrouvée dans ce premier métro-là, la ligne « T » de Boston, acharnée à glisser sur ses rails depuis 120 ans en charriant le sort de milliers d’âmes.

 

Pour ce travail , mon intention musicale a été de transmettre les sensations d’un transport onirique, transport dont la rame écrit au quotidien une étonnante et obsessionnelle partition mécanique.

 

L’écriture musicale

 

Certes, quoi de plus à propos pour un tel opus que les formes répétitives inventées par Reich, Adams et autres ?

 

Il y a certainement dans la musique répétitive de la deuxième moitié du XXème siècle occidental quelque chose qui vient du Grégorien, une sorte d’hypnose extatique de la séquence en elle-même. Le répétitif a ses vertus intrinsèques : primitivité, vertiges sensoriels, voire narcoses musicales…

 

Cependant, l’écriture du « T » ne pouvait pas se cantonner à des séquences brutes, quand bien mêmes elles permettent à l’évidence une illustration privilégiée du monde mécanique pour entrevoir d’autres espaces sonores.

 

Car le système tonal, s’il n’est certes pas l’unique moyen de fixer des repères dans l’imaginaire musical, fonctionne pour moi comme une syntaxe inconsciente.

 

Au-delà des formules rythmiques ou percussives, je suis toujours dans l’attente d’une forme de résolution harmonique.

 

The « T », sorte d’animal mécanique tapi dans les profondeurs de la terre, se devait d’être mené et orchestré à partir de ces deux facteurs émotionnels : la trame rythmique résolument répétitive et la phrase mélodique qui nous libère quelque part d’une émotion sonore qui ne peut trop durer.

 

J’ai donc veillé à ce que la partition du « T », classique dans sa structure en trois mouvements (allegro / andante /presto) ne soit pas un obstacle pour l’homme de la rue puisque, en définitive, c’est de lui dont elle parle.