Le chant de l'atome

 Sonate pour piano et violon en 6 mouvements.

Etude à la fois musicale et sonore passant par la fission de l'atome qui a abouti à la catastrophe d'Hiroshima.

De la promesse de mort universelle  à l'élégie finale en passant par la fission de l'atome, le questionnement interne d'Oppenheimer sans oublier le compte à rebours fatal...

En cours de répétition .

François Pineau Benois, Violon

Jonathan Nemtanu, Piano

Octobre 2018

Sans doute la musique est-elle une matière presque impalpable...

Cependant, par l’infinité de ses vibrations bien physiques, par son extraordinaire présence sensorielle, par l’importance de l’enjeu psychologique qu’elle provoque en nous, sans doute est-elle aussi une matière vivante, quasi-nucléaire, une matière qui explose en nous de façon folle mais aussi voluptueuse ...

Pour ce « Chant de l’Atome », tel le physicien tentant de fissurer le noyau même de la Matière et d’en maîtriser les secrets , mon projet musical a été attiré progressivement par une sorte de chant des sirènes.

Un chant qui, à l’imitation de la recherche presque alchimique d’Oppenheimer a souhaité également générer une réaction en chaîne mystérieuse, quelquefois plus proche du « bruit » que de la musique afin que peut-être, cette « musique/ matière sonore » se propage mieux dans nos émotions, tel justement un élément physico-chimique.

Robert Oppenheimer, prisonnier de la demande du gouvernement américain, se retrouva comme un créateur désemparé : conscient de la morbidité de sa tâche, convaincu également de la nécessité de finir la guerre par cette apocalypse atomique, se laissa guider par un imaginaire tout autant scientifique qu’exalté. Confronté à la question phénoménale de la Matière, lui aussi se laissa guider par un véritable chant des sirènes. Souvent, il parlait à ses collaborateurs de la « beauté formelle » de ses calculs...

Sorte de Faust paradoxal, le savant américain au nom à consonance germanique, avait d’ailleurs été choisi parmi beaucoup d’autres pour ses capacités exceptionnelles d’intuition. Ce fût sans doute en ce sens aussi un artiste, mais un artiste du Mal. Fasciné par son œuvre terrible, il avait d’ailleurs déclaré après la guerre, d’une voix étrangement monocorde et dépressive :« I am become Death, the destroyer of worlds ».

Dans ce « Chant de l’atome » pour piano et violon, j’ai eu moi aussi ma propre tentation, celle d’une démarche musicale frisant le concret, le « bruit ».

J’ai ainsi ressenti aussi bien le besoin de chanter que de « faire du bruit», le «bruit» de la Matière qui résonne au fil d’une recherche scientifique devenue folle, un véritable « bruit » de fin du monde qui a accompagné le Projet Manhattan (nom de code donné par l’état-major américain au projet de bombe atomique) : ainsi le « bruit » des atomes qui se séparent, le « bruit » intime de la psyché du physicien qui se questionne autant sur les formules scientifiques à mettre en œuvre que sur le bien-fondé de sa démarche, le « bruit » orphique d’une douloureuse mélodie malmenée par un terrible destin annoncé, le « bruit » mécanique de l’inexorable compte à rebours sonnant le glas d’une partie de l’humanité et enfin le «bruit» presque apaisé et élégiaque, presque tranquille, des radiations qui fument doucement sur un champ de bataille absurde et sans belligérants.

Paris, le 29/09/2018