Extrait du concert de création 20 mars 2016

 Extrait de l'interview de Jean-Pierre Armanet  par Christian Delord pour Radio Alliance . (18 Juillet 2016)

"Lampedusa, Oratorio des Migrants" . 21 tableaux pour choeur d'adultes /enfants,  piano et percussions.

Frappé par la répétition des naufrages de migrants  en Méditerranée, il m’a semblé important de témoigner par la musique de cette tragédie à laquelle l’Occident semble rester indifférent.

 

Les dictatures politiques comme économiques, les machettes, les famines, les viols, la misère, tout pousse ces peuples vers le mirage d’une Europe pour eux encore inconnue mais tellement désirable.

 

Plus particulièrement, le naufrage du 3 octobre 2013 m’est apparu comme le symbole absurde et tragique de ces migrations modernes où les portes se ferment des deux côtés de la mer. En outre, dans ce naufrage, l’épisode du feu volontairement allumé à bord du bateau pour être vu depuis la côte et finalement se propageant dans l’embarcation a pour moi une valeur quasi emblématique.

 

J’ai donc eu pour projet  de raconter l’histoire de cet exode dans son intégralité et de questionner nos consciences à travers un cheminement musical émotionnel.

 

J’ai aussi voulu poser une interrogation morale  à nos sociétés occidentales à travers un travail autant sonore que musical.

 

Il m’a semblé en effet que cette migration tragique contenait en elle-même la structure narrative et le retentissement philosophique d’un mythe moderne transmissible à travers une création musicale contemporaine.

 

 

 

 La proposition musicale

 

J’ai souhaité écrire moi-même  le livret en utilisant un double niveau de langue : la parole quotidienne de détresse de chacun des migrants à laquelle répond la parole sacrée d’un chœur antique.

 

Dans cette longue marche des migrants vers un Eldorado supposé se distinguent à la fois des épisodes et des personnages clés : le massacre collectif au village, la parole singulière de l’Ancien, l’exhortation du griot, les mensonges du passeur, les familles et leurs enfants sur le bateau, le mirage de la côte entraperçue, les inévitables bagarres entre les hommes épuisés, la sagesse des femmes, les efforts des garde-côtes pour sauver les marins de fortune, le naufrage puis la mort.

 

 

Les instruments et les voix

 

La chef de chœur de l’ensemble  vocal Clodoald , Isabelle Genin,  m’a passé commande d’une œuvre pour piano et 14 choristes. Ce chœur de chambre est régulièrement accompagné  au piano par l’artiste coréenne Yun-Mi Kwon. Il m’a fallu  donc partir de cet instrument et l’utiliser dans sa double dimension symphonique et percussive. Ce chœur qui est une petite formation comprend  5 sopranes, 5 altis, , 1 ténor, 2 basses. Sa relative légèreté permettra d’ailleurs de faire connaître le propos de ce travail musical dans des lieux très accessibles. Le travail de répétition est en cours et sera monté en Mars 2016.

 

J’utilise l’ensemble vocal dans des configurations différentes selon les séquences. Soit avec un chœur et un soliste qui se répondent, soit avec un soliste unique si l’action le demande, soit comme une masse sonore percussive avec des interjections et des cris, soit encore comme des informations purement sonores faisant progresser l’action .

 

Au centre de ce dispositif vocal, un pupitre d’enfants mettra en œuvre la manifestation de la terreur, comme  enjeu narratif supplémentaire.

 

Enfin, en soutien à cette configuration, j’ai adjoint des timbales classiques et des percussions qui seront les éléments dramaturgiques indispensables au

« climax» musical souhaité. Stéphane David, percussionniste suppléant à l’Opéra de Paris et à l’Ensemble Intercontemporain assurera la partie percussions.

 

 

L’articulation musicale

 

 

La tragédie de Lampedusa me paraît relever d’un sujet sacré pour nos consciences laïques.

 

C’est pourquoi, la forme retenue est celle d’un oratorio avec sa mystique et les différentes étapes de la souffrance humaine conduisant au Néant : invocations, prières, récitatifs glissés dans les chants, une sorte de liturgie propre à un peuple nomade cherchant son salut.

 

Un européen parlerait sans doute de Passion même si les peuples concernés viennent d’une toute autre culture…