Maquette sonore.

En cours d'écriture

Argument.

 

Depuis les écrans de télévision placés dans les lieux les plus insolites, l’Occident  vit en direct, l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Le passage en boucle des images, leur mise en fiction quasi-instantanée par les journalistes et les équipes des grandes chaînes déréalise déjà l’actualité. Restent dans nos mémoires, une sorte de silence, de sidération, d’images au ralenti d’incompréhension des images vues de loin, de très loin…

Au fil des jours, la redondance sans fin de ces images d’apocalypse qui ont envahi nos écrans, nos journaux, cette profusion d’informations morbides m’a  inspiré le début d’une pièce minimaliste Quelques instruments qui grésillent et sont secoués d’explosions percussives pour parvenir à l’anéantissement final presque sans fracas, juste dans l’angoisse totale de leur disparition et, avec elles, de la disparition des hommes et des femmes et de la propagation insensible, invisible des radiations qui vont toucher le Japon silencieusement.

 

C’est ainsi que la dimension sidérante de cette destruction de masse se faisant toujours plus lourde, la dimension symphonique de la pièce que je projette de composer m’a envahi petit à petit. Après que j’en aie déjà envisagé la structure générale elle m’obsède et m’invite maintenant à plonger plus profondément dans la matière sonore de cet événement.

 

L’écriture de cette pièce symphonique que je voudrais chorégraphiée va trouver ses correspondances chez les compositeurs minimalistes à la musique répétitive, celle avec lesquels ma musique entre en résonance et qui peut rejoindre la mieux les grésillements et les tressautements  de la centrale entrecoupés d’explosions intermédiaires et de fracas silencieux de ses murs de béton..

 

En effet, dans cette musique répétitive, quelque chose me semble venir de très loin, peut-être de la musique grégorienne, d’une sorte de prière intérieure, de psalmodie contemporaine. Ce n’est pas une posture musicale simplement formelle mais un rythme, des sons qui proposent une relation quasi spirituelle et une communion sonore entre le monde des vivants et celui des morts. L’hypnose extatique des séquences rythmées par les répétitions percussives devra nous envahir pour entrer en « communion » avec l’auditoire, comme le chant grégorien, c’est une structure musicale très significative qui a tendance à ne jamais se terminer, à ne jamais se résoudre ni résoudre quoique ce soit.

 

Sur le mode finalement assez transversal d’un opus « postmoderne », j’envisage aussi, en parallèle à ce que j’appellerai  des transports émotionnels rythmiques, indispensables pour parler vrai à l’auditeur. 

 

 Cette double approche, répétition et mélodie, sera mon outil spécifique pour susciter l’impensable d’une pareille tragédie. Il me faudra ainsi faire entendre l’appel sonore répétitif et obsédant des sirènes, les fracas supposés de l’écroulement des éléments de la centrale, le silence des eaux qui engloutissent ses débris, les ruines de la ville, les poutrelles, les maisons vidées et les errances des survivants.

 

 Ce que je rechercherai avant tout, c’est l’évocation d’un trauma, que ce soit dans la violence de l’événement lui-même et dans la mélancolie douloureuse qui l’a suivi.